La nature peut alléger la souffrance émotionnelle

Posted on 20/11/2015

Par Jeannine Lafrenière, Fondatrice et Présidente de La Fondation oublie pour un instant

Photo gracieuseté de Nisreen Elias

Photo gracieuseté de Nisreen Elias

Mise à jour le 19 janvier 2016

C’est la première fois que je dévoile sur les médias sociaux autant de détails relatifs à mon expérience personnelle, mais je sens qu’il est important de les publier aujourd’hui afin de bien faire comprendre la raison d’être de La Fondation oublie pour un instant.

En juillet 2008, on m’a diagnostiqué un carcinome basocellulaire, forme de cancer de la peau qui attaque le plus souvent le visage et qui peut provoquer la perte d’une partie importante de celui-ci. Il s’agit d’un cancer très répandu mais pourtant méconnu qui peut notamment être traité par la chirurgie de Mohs, celle que j’ai subie à un hôpital à Montréal, au Québec (Canada).

Il s’agit d’une intervention chirurgicale spécialisée au cours de laquelle on retire la tumeur par petites couches jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de cellules cancéreuses. Après la première intervention, chaque patient attend environ 60 à 90 minutes dans la salle d’attente du département avant de connaître les résultats qui lui indiqueront s’il devra retourner dans la salle d’opération une autre fois afin qu’on lui enlève une autre couche de peau.

C’est un cancer qui ne tue que rarement physiquement mais qui peut, selon la gravité de l’intervention, tuer émotionnellement une personne, j’en suis convaincue. Qu’on le veuille ou non, notre visage est la première partie de notre corps que les gens voient et, malheureusement, c’est sur lui que l’on porte le premier jugement.

Je suis sûre que vous comprenez en lisant ces quelques lignes l’anxiété, la peur et le niveau de stress que chaque patient doit supporter durant ces moments d’attente. Aucun d’entre nous n’ose regarder les autres ni converser avec eux, car nous voyons chez certains les pansements qui augmentent d’intervention en intervention et nous ne savons que dire. Rien pour nous distraire ou pour échapper à cette inquiétude, cette peur croissante, rien qui pourrait nous apporter un moment de calme et de paix.

Comme tous les six mois, je devais retourner pour un suivi et, à chaque fois, je devais supporter dans cette salle d’attente la peur, l’inquiétude et le stress en me demandant si le cancer n’avait pas récidivé. De plus, je revoyais tous ces visages qui attendaient eux aussi leur diagnostic dans cette salle tellement froide, selon moi. Heureusement, j’ai eu la chance d’avoir une docteure extraordinaire et de bien me rétablir de cette opération.

Personnellement, je suis une amoureuse de la nature.

J’y trouve un bien-être et une paix qu’elle seule peut me donner. Quelques mois avant mon intervention chirurgicale, j’avais entendu parler de murs végétaux, un concept à ce moment-là très nouveau nullement présent en milieu hospitalier. Il ne fait pas de doute que si la nature avait pu venir à moi dans cette salle d’attente sous la forme d’un mur végétal, si petit soit-il, elle m’aurait permis de m’évader dans le calme et la beauté qui l’entourent.

C’est de cette expérience personnelle qu’a germé en juillet 2011 l’idée de faire entrer la nature en milieu hospitalier, et notamment dans les salles d’attente, afin de redonner de la vie et de la beauté dans des lieux tellement impersonnels et froids.

J’ai alors entrepris d’intenses recherches qui m’ont permis de découvrir et de lire plusieurs études confirmant combien il était bénéfique de rapprocher la nature des personnes malades, des êtres qui leur sont chers et du personnel soignant. À cette époque au Canada, personne ne pensait encore à prévoir une petite place pour la nature dans la conception des hôpitaux. Bien sûr, il y avait quelques petits jardins extérieurs, mais rien de tel n’existait à l’intérieur même de ces établissements.

J’ai eu la chance d’avoir autour de moi des personnes merveilleuses qui ont cru en mes idées et en ce concept unique et innovateur visant à faire entrer la nature dans les salles d’attente des centres hospitaliers. Qui d’entre nous n’a pas vécu ces heures d’angoisse en accompagnant un être cher, un enfant ou un parent, en ne sachant pas quels seraient les résultats au final. Et c’est ainsi qu’en mars 2012 a été créée LA FONDATION OUBLIE POUR UN INSTANT, organisme constitué entièrement de bénévoles, qu’il s’agisse de professionnels ou de personnes retraitées qui donnent de leur temps et de leur expertise.

Notre premier projet, et le premier de ce genre dans un hôpital au Canada se situera dans un hôpital de la région d’Ottawa-Gatineau. Il prendra la forme d’un mur vivant dans une  « salle d’attente » d’un des hôpitaux de cette région.*

Notre Fondation n’aurait pas pu en arriver là où elle se trouve aujourd’hui si je n’avais pas pu compter sur tous ces gens extraordinaires qui m’entourent et sur la générosité des personnes, des groupes et des entreprises qui nous appuient et qui se sont associés avec nous.

Je les remercie de tout cœur.

Article initialement publié sur le site web LinkedIn, le 17 novembre 2015.

*Veuillez noter que l’emplacement de notre projet a changé en date du 17 janvier 2016