L’histoire de la sculpture, des images et de leurs poèmes

Écrit en collaboration par Jeannine Lafrenière et Sue Moerman
Traduction française de Suzanne Cadieux

Mon pèlerinage en Italie tirait à sa fin et en ce jour de mai 2005. J’avais visité suffisamment d’églises, de basiliques et de chapelles pour satisfaire cette curiosité durant toute une vie. Le groupe de voyageurs avait été déposé au centre d’Erice en Italie afin que ces derniers puissent profiter de quelques heures pour visiter à leur guise. Et voici que je me détachais des autres membres du groupe et que j’étais attirée dans une rue située à la gauche. Je me suis retrouvée debout devant une autre église et même si j’hésitais à y entrer, j’étais incapable d’y résister. J’ai visité l’église et j’ai quitté en me demandant pourquoi j’avais ressenti le besoin si irrésistible d’y pénétrer.

Comme je m’éloignais du lieu, une jeune guide offrant des visites de l’église m’a posé la question suivante : « Avez-vous vu la statue? ». Lorsque je lui ai répondu affirmativement, elle m’a regardé en souriant et m’a dit : « Non, vous ne l’avez pas vue ». Elle m’a prise par la main et m’a menée directement à une statue de la Vierge allaitant l’Enfant-Jésus. C’était la première fois que je voyais cette représentation de la Vierge et de son Enfant.

J’ai contemplé avec émerveillement la statue et fut saisie d’une grande émotion parce que je pouvais sentir l’amour intense de Marie pour son Enfant et la confiance absolue de l’Enfant pour sa Mère. C’est à ce moment, devant cette statue, que j’ai su que je me devais de propager le message voulant que Marie soit d’abord et avant tout une mère.

J’étais loin de penser que j’étais sur le point de m’engager dans un cheminement spirituel qui aurait une grande portée sur ma propre vie et sur celle de milliers de personnes.

De retour à la maison, toujours profondément touchée par ce que je venais de vivre, je me suis sentie dans l’obligation de faire partager cette expérience exceptionnelle. Grâce à mon rôle de conseillère auprès des jeunes, je savais que de plus en plus de jeunes de nos jours délaissaient l’Église qui, selon eux, ne les rejoignait plus vraiment. Je voulais que les jeunes aient la chance de vivre ce que j’avais vécu. Je devais alors trouver un lieu public où une statue de la Vierge allaitant son Enfant pourrait être exposée.

Il a fallu attendre jusqu’en septembre 2007.

J’ai commencé d’abord par communiquer avec des prêtres dans ma région d’Ottawa-Gatineau pour ensuite me tourner vers les églises à travers le Québec. Même si quelques membres du clergé appuyaient ma démarche, je n’ai essuyé que des refus. La Vierge avec un sein découvert ne serait pas acceptée dans les églises.

J’ai alors rencontré l’abbé Marc Lahaie à Saint-Georges-de-Champlain, au Québec, où vivait ma mère. Ce dernier a été impressionné par ma ferveur et ma détermination et a accepté de s’occuper du dossier. Six mois plus tard, on m’a fait part que la statue serait exposée dans une école secondaire privée à Shawinigan, soit au Séminaire Sainte-Marie.

Dix jours après avoir déniché un endroit pour exposer la statue, j’ai trouvé un sculpteur, soit monsieur Emmanuel Auclair, un artiste de l’Atelier Silex à Trois-Rivières et enseignant d’Arts plastiques au Cégep de Drummondville.

Au début, Emmanuel a perçu le projet comme un défi technique. Cette fois-ci, il devait produire une sculpture originale en se fondant sur ma vision. Je ne demandais pas de copier la statue que j’avais vue en Italie; je voulais plutôt qu’une représentation authentique de l’époque soit créée et que l’amour entre la mère et son enfant soit palpable.

Il a été le choix parfait pour reproduire ma vision recherchée de l’amour maternel. Emmanuel était le fier père d’une fille qui venait de naître. En consultant l’internet, il a recherché des photographies historiques de l’époque durant laquelle Marie avait vécu et en observant sa femme et son enfant, il a été en mesure de créer une reproduction authentique de la Vierge Marie allaitant l’Enfant-Jésus.

Il a imaginé la Vierge s’arrêtant près d’une grotte dans les montagnes pour allaiter son bébé. « Je voulais représenter la Vierge dans son milieu naturel. La position de ses jambes démontre qu’elle n’est pas tout à fait confortable » signale Emmanuel. Il a fallu un an à temps perdu pour terminer la sculpture et son réalisme est frappant. J’étais enchantée du résultat : « La sculpture représente précisément ce que je voulais partager. »

donateurs-sculpture

La prochaine étape était de financer le projet.

Un de mes amis, monsieur Christian Muckle, directeur général du Cégep de Trois-Rivières, avec l’appui du président de leur conseil d’administration, monsieur André Gagnon, a réussi à amasser des fonds dans les établissements postsecondaires de la région de la Mauricie et dans deux ministères du Québec, soit les ministères de l’Éducation, du Loisir et du Sport, et des Transports.

Encore une fois, un abbé extraordinaire est venu à mon aide. L’abbé Marcel Perron, prêtre, enseignant et directeur retraité du Séminaire Sainte-Marie, que j’avais approché en septembre 2009, m’a dit : « La Vierge a été tellement bonne pour moi que j’aimerais lui rendre la pareille. ». Au cours des six mois qui ont suivi, il ne m’a pas seulement aidé à amasser de l’argent auprès de ses confrères mais il m’a également rassurée et appuyée.

Le reste de l’argent est venu des élèves du Séminaire Sainte-Marie, de l’Âge d’Or de St-Georges-de-Champlain, de ma mère et d’autres sources.

Lors du dévoilement de la sculpture en mai 2010, exactement cinq ans après le début de cette aventure, le Séminaire n’était plus seulement une école secondaire, mais comportait également une école préscolaire, primaire et secondaire, ce qui signifiait qu’à chaque jour des enfants de tous les âges entraient dans l’édifice et qu’ils pouvaient voir la sculpture. Les élèves qui ont assisté à la cérémonie étaient manifestement émus. J’ai même entendu un des élèves dire : « Mon Dieu, elle a l’air de tellement aimer son enfant. »

L’abbé Perron était présent cette journée-là pour bénir la sculpture, mais il est décédé, à mon grand regret, trois mois plus tard.

Un autre projet voit le jour, celui des images-poèmes de la sculpture de la «Vierge allaitant l’Enfant Jésus – Hommage à la maternité », projet qui est réalisé en deux étapes : En septembre 2010, monsieur Olivier Turpin, un étudiant en conception graphique de Gatineau, m’a accompagnée au Séminaire Sainte-Marie pour photographier la sculpture. Plusieurs photos furent prises et une d’entre elles fût choisie.

Puis, en octobre 2010, j’ai demandé à madame Diane Lemay, enseignante en éthique et culture
religieuse au Séminaire Sainte-Marie, de faire écrire des textes pour les images par ses élèves de
secondaire I. C’est sous la supervision de professeurs de l’Université du Québec à Trois-Rivières
que se déroule ce projet de recherche de lecture.

Ces élèves de 12 et 13 ans ont commencé par trouver des articles et des poèmes se rapportant à l’art religieux et puis, en observant la sculpture, ils ont jeté sur papier les émotions et les impressions qu’elle leur inspirait. Les textes étaient tellement bien rédigés que mon choix n’a pas pu se limiter à un seul. J’en ai plutôt pris trois et ceux-ci sont maintenant imprimés à l’endos des images. Je suis convaincue que les élèves ont été réellement inspirés par Marie et son Enfant.

Selon monsieur Jean-François Royal, directeur du Musée des religions du monde à Nicolet au Québec, une représentation de la Vierge allaitant son Enfant est très rare.

Malgré les dires de monsieur Royal, j’ai eu la surprise et la joie d’en découvrir une à Gatineau, Québec.  En me rendant chez les Servantes de Jésus-Marie pour me recommander aux prières de la communauté, à l’automne 2010, en parlant de la sculpture à la religieuse à la réception, elle me montre une image de la statue qu’elles vénèrent depuis les débuts de la Congrégation.

Monsieur Royal a ajouté : « Nous parlons des nombreuses vertus de la Vierge, mais nous oublions que, par-dessus tout, elle était une mère. »

La sculpture est exposée depuis la fin août 2018 au Centre des services du Sanctuaire Notre-Dame-du-Cap situé à Trois-Rivières, Québec (Canada). Monseigneur Pierre-Olivier Tremblay, recteur du Sanctuaire et évêque auxiliaire du diocèse de Trois-Rivières, a joué un rôle déterminant dans le déménagement, et ce, grâce à une donatrice anonyme.

Tous les profits de la vente des images-poèmes de la sculpture de la  «Vierge allaitant l’Enfant Jésus – Hommage à la maternité » servent à l’entretien continu des structures naturelles qui seront aménagées dans les établissements de santé par la Fondation Oublie Pour Un Instant.